Les idées d'un blogueur politiquement incorrect. Comment pourrait-il en être autrement, je suis un vieil humaniste kantien et qui dit kantien, dit con et réac !!! Histoire des idées, épistémologie, progrès technique, agriculture intensive, distinction homme/animal, réchauffement climatique, religion et science, etc. : ce blog n’épargne aucune des bienpensances de notre monde postmoderne idéologiquement formaté par l’émotion médiatique.
Le rapport de la Commission Stiglitz sur les statistiques économiques, remis lundi dernier au président de la République, critique le concept de produit intérieur brut de la comptabilité nationale et préconise le développement d’indicateurs évaluant la mesure du bien-être.
À ce propos, un article à lire absolument, simple et bref, démonte en quelques lignes la naïveté de nos élites, parmi lesquelles des prix Nobel, dans un style percutant avec, à l’occasion, une verve sarcastique et jubilatoire (Joseph Stiglitz, prévisionniste infaillible du passé et moraliste en chef de l'économie mondiale.)
L’article en question : Soyons archaïques, parlons du PIB, Pierre-Antoine Delhommais
À l'opposé de nos élites, intellectuelles aussi bien que politiques, qui planent complètement, Pierre-Antoine Delhommais garde les pieds sur terre et son article est plein de bon sens.
Même des gens réputés raisonnables, comme les invités de l'émission L'Esprit Public de Philippe Meyer, sur France-Culture, n'ont dit ce matin que des bêtises à ce sujet (à la notable exception de Jean-Louis Bourlanges), submergés qu'ils sont par l'air du temps. En principe le boulot d'un intellectuel n'est pas d'être submergé !
J'ai lu les 36 premières pages du rapport Stiglitz, qui en compte 324. C'est d'une vacuité consternante.
Soit il enfonce des portes ouvertes, notamment quant aux faiblesses de certains concepts de la comptabilité nationale, bien connues des économistes depuis que celle-ci existe, mais qu’on a toujours eu ‒ et qu’on aura toujours – du mal à surmonter.
Soit il propose d'additionner des carottes et des poireaux. Ah, que sont devenus les préceptes de l’institutrice du bon vieux temps de l’école primaire de Monsieur Stiglitz ? Comment élaborer un indice synthétisant, parmi beaucoup d'autres choses, l’efficacité du système de santé publique et l’efficacité du système d’éducation ? Cela a-t-il même seulement le moindre intérêt pour la représentation qu’on se fait d’une société ou pour la conduite d’une politique publique ?
Soit il propose de mesurer des choses dont il nous dit qu'elles sont très difficilement mesurables, autant dire, puisqu’elles ne l’ont jamais été malgré leur intérêt, pas mesurables du tout.

Le billet de Pierre-Antoine Delhommais souligne que tout un chacun a pu mesurer les effets négatifs sur le bien-être social de la diminution du PIB due à la crise.
Cela conduit le lecteur à l'inéluctable conclusion que l'homme de la rue est plus sensé que nos classes dirigeantes et que ces dernières se trompent si elles pensent attraper des mouches avec du vinaigre plus au moins mâtiné de sauce écolo et de bons sentiments.
Des billets comme celui-ci sont trop rares dans la presse et dans les media. Courage à Pierre-Antoine Delhommais et surtout qu’il continue !

La définition du progrès qui sous-tend le rapport Stiglitz renoue avec la vision utilitariste du « plus grand bonheur du plus grand nombre ». Mais il demeure une difficulté fondamentale sur le chemin d’une définition normative du bonheur, que John Stuart Mill a opposée à Jeremy Bentham :
Quel état devons-nous préférer, celui « d’un pourceau satisfait » ou « d’un Socrate insatisfait » ?
John Stuart Mill
Bibliographie
Outre l'article de Pierre-Antoine Delhommais on lira ou on écoutera utilement :
Vive le bon vieux PIB ! d'Éric Le Boucher
Au-delà du PIB, le bonheur ? du Centre d’analyse stratégique
Un an après, la crise a-t-elle eu lieu? - Le rapport de la commission Stiglitz , France-Culture, L'Esprit Public, émission du dimanche 20 septembre 2009
Rapport de la commission Stiglitz (324 pages)
