Les idées d'un blogueur politiquement incorrect. Comment pourrait-il en être autrement, je suis un vieil humaniste kantien et qui dit kantien, dit con et réac !!! Histoire des idées, épistémologie, progrès technique, agriculture intensive, distinction homme/animal, réchauffement climatique, religion et science, etc. : ce blog n’épargne aucune des bienpensances de notre monde postmoderne idéologiquement formaté par l’émotion médiatique.

Marcel Gauchet s'est souvent plaint qu'on ait mal interprété son expression « le christianisme est la religion de la sortie de la religion ».
Il a maintes fois expliqué que pour lui « religion de la sortie de la religion » ne voulait pas dire « religion de la sortie de la foi » ou « religion de l'engendrement de l'athéisme ou de l'agnosticisme ».
Par « religion de la sortie de la religion » il a voulu dire que le christianisme a engendré, au bout du compte, une société dans laquelle la religion n'est plus l'élément fondateur du lien social (au sens qu'on peut donner à ce que fut la Chrétienté). Il a voulu dire que le christianisme a permis de sortir de l'hétéronomie, c'est à dire de la Loi qui s'impose de l'extérieur à la communauté, car issue d'une révélation transcendante, ou de la parole des dieux, ou de la tradition instaurée par les ancêtres fondateurs mythiques. La sortie de la religion, c'est le fait que la communauté puisse délibérer, en toute autonomie, de la Loi.
Cela ne remet nullement en cause la possibilité de croire en un être transcendant.

Dans Le désenchantement du monde Marcel Gauchet défend la thèse suivante.
Par l’incarnation Dieu s’est fait homme. Par l’incarnation l’homme devient donc l’égal de Dieu en dignité. Tous les hommes sont donc égaux en dignité.

Si l’homme est l’égal de Dieu, alors l’homme est digne de dire la loi : passage de l'hétéronomie à l'autonomie.
Si tous les hommes sont égaux en dignité, alors ils ont tous voix égale pour dire la loi : la démocratie.
Au demeurant, comme l'a si bien repéré Marie Balmary, cette transcendance de l'homme est déjà écrite dans un recoin obscur de l'Ancien Testament : « Vous êtes des dieux ». Selon elle, c'est pour avoir répété cette proposition, perçue comme blasphématoire par ses adversaires, que Jésus aurait été condamné.
A l’appui de sa thèse elle cite Jean 10, 34.
Les Judéens de nouveau apportent des pierres pour le lapider. Jésus leur répond : « Je vous ai montré beaucoup d’œuvres belles de la part du Père. Pour laquelle de ces œuvres me lapidez-vous ? » Les Judéens lui répondent : « Pour une œuvre belle, non ! Mais nous te lapidons pour blasphème : c’est que toi, un homme, tu te fais dieu ! » Jésus leur répond : « N’est-il pas écrit dans votre loi : J’ai dit : Vous êtes des dieux ? »
Marie Balmary nous indique que cette citation, rapportée par Jean, se trouve dans le Psaume 82 :
Cantique d'Asaph.
Dieu se tient dans l'assemblée du Tout-Puissant ; au milieu des dieux il rend son arrêt :
Jusques à quand jugerez-vous injustement, et prendrez-vous parti pour les méchants ?
Rendez justice au faible et à l'orphelin, faites droit au malheureux et au pauvre,
Sauvez le misérable et l'indigent, délivrez-les de la main des méchants.
Ils n'ont ni savoir ni intelligence, ils marchent dans les ténèbres ; tous les fondements de la terre sont ébranlés.
J'ai dit : Vous êtes des dieux, vous êtes tous les fils du Très-Haut.
Cependant, vous mourrez comme des hommes, vous tomberez comme le premier venu des princes.
Lève-toi, ô Dieu, juge la terre, car toutes les nations t'appartiennent.
Bibliographie

Marcel Gauchet, Le désenchantement du monde, Une histoire politique de la religion, NRF, Éditions Gallimard.

Marie Balmary, J’ai dit : « Vous êtes des dieux » in Christianisme, héritages et destins, Le livre de poche, Biblio, Essais

Nouveau Testament : Jean 10, 30-35
Ancien Testament : Psaume 82
