Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
14 mai 2009 4 14 /05 /mai /2009 00:11




Avec le retour du printemps, promenade à Nans-Sous-Sainte-Anne, petit village du sud du département du Doubs, près des sources du Lison, dans un site admirable.

 







A part l’agriculture on essaye de s’y livrer à des activités touristiques de faible ampleur : ski de fonds l’hiver et randonnée a pieds ou à dos de mulet l’été. Sur la porte du gîte d’étape, cette inscription : « Nature et Randonnée ».







Ça invite à réfléchir au concept de nature. Mis à part une ou deux falaises typiques du relief karstique jurassien, le paysage de ce coin de pays est entièrement façonné par le travail des hommes, agriculteurs et forestiers, travail sur, et contre, la nature.

 


Confusion mentale propre à notre postmodernité ou slogan commercial ? Il fut un temps où ce que l’on appelle aujourd’hui « la nature »,  nous l’appelions tout simplement « la campagne », réservant plutôt le mot de nature aux espaces restés sauvages : haute montagne, déserts, etc.


 




Au siècle dernier Tourgueniev intitulait une de ses pièces Un mois à la campagne  et, il n’y a guère que quelques années, le très beau film de Bertrand Tavernier s’appelait Un dimanche à la campagne.

 







Aujourd’hui on dit plutôt : « – Qu’est-ce que tu fais ce week-end ?  –  Je vais me ressourcer dans la nature », quand on ne va que musarder, après ou avant des embouteillages épuisants, dans le bocage normand ou gâtinais.

 








La Dombes est le résultat de l’aménagement entrepris depuis presque mille ans, peut-être plus,  de terres marécageuses tout ce qu’il y a de plus naturelles, en étangs parfaitement artificiels et minutieusement entretenus en vue d’approvisionner les lyonnais en poisson et de réduire la malaria.

 






Aujourd’hui les paysages d’étangs, Sologne, Brenne, Dombes, comptent parmi les plus beaux de notre pays, à cause de la lumière très particulière qui s’y déploie. Mais c’est presque le contraire de la nature : c’est la nature refaite par l’homme. Et c'est au nom de ce qu’ils imaginent être la protection de la nature que nos écolos veulent protéger les zones humides !




 

Il y aurait sans doute moins de confusion dans les débats sur l’environnement si l’on avait plus le souci de distinguer la nature sauvage de celle revisitée par l’homme.

 



Partager cet article
Repost0
10 mai 2009 7 10 /05 /mai /2009 00:42


Pour tenir sa place un titre doit être court. Le titre retenu pour cet article est donc Du danger des modèles en sciences, mais en toute rigueur il devrait être : Du danger de la mauvaise utilisation des modèles en sciences.

 

Le N° 35 des Dossiers de la Recherche de mai 2009 est consacré au Big Bang. Deux interviews ont particulièrement retenu mon attention.

 

Le grand astrophysicien indien  Jayant V. Narlikar a élaboré, avec  Fred Hoyle, décédé en 2001, et Geoffrey Burbidge, un modèle  d’Univers quasi stationnaire qui postule des processus permanents de création de matière. Narlikar n’est donc guère convaincu par les différentes variantes du modèle cosmologique standard, autrement dit le modèle du Big Bang. Il estime que ce modèle est en contradiction avec un certain nombre de faits empiriques et que plutôt que d’abandonner le modèle, ses partisans préfèrent le sauver par des concepts difficilement vérifiables.








 

 

Par exemple, on sait par les observations que la majeure partie de la matière composant l’Univers n’émet pas de rayonnement détectable. L’hypothèse la plus simple, à savoir que cette matière « sombre » pourrait être de la matière ordinaire, est rejetée parce qu’elle impliquerait une très grande quantité de deutérium dans l’univers, ce qui est en contradiction avec ce que prévoit le modèle. Pour Narlikar une attitude scientifique normale aurait voulu que la découverte de la matière sombre remette en question le modèle. Ce n'est pas du tout ce qui s'est passé : pour sauver le modèle, on a préféré inventer une nouvelle forme de matière, dite « exotique », la matière noire dont on ignore en réalité à peu près tout et qui n'a jamais été observée.

 

Une autre contradiction entre le modèle du Big Bang est certaines observations empiriques a conduit les partisans du Big Bang à sortir de leur chapeau le concept d’énergie noire.

 

Narlikar estime que son modèle d’univers quasi stationnaire a un support empirique aussi solide que celui du modèle du Big Bang et qu’il mériterait que des observations susceptibles de trancher un jour soient conduites. Mais, nous dit-il, ce n’est pas si simple. Selon lui il est impossible d'obtenir des fonds pour réaliser des programmes d'observations qui seraient consacrés à une cosmologie qui n'est pas dans la norme. Un étudiant choisissant de travailler sur un modèle non standard n'aurait pratiquement aucune chance d'avoir un jour un poste. Narlikar estime qu’il n’y a guère eu de progrès depuis le temps de Copernic ou de Galilée et que l’arrogance conduit au fondamentalisme, non plus religieux, mais scientifique.



 

 

Loin de moi, qui n’ai aucune compétence, de vouloir trancher la querelle. Simplement une autre interview du même numéro de la revue me semble illustrer parfaitement le défaut méthodologique que Narlikar reproche à ses confrères.
 

 

Edgard Gunzig, professeur honoraire à l’Université libre de Bruxelles, travaille sur un scénario original de la naissance de l'Univers fondé sur l’énergie du vide quantique. Ce scénario a pour avantage  de ne plus avoir besoin d’un début au Big Bang, l’expansion de l’Univers produisant de la matière et la matière produisant l’expansion de l’Univers. Il n’est pas le lieu ici de rentrer dans les subtilités très séduisantes de ce scénario. Ce scénario s’appuie sur la théorie de  l’énergie du vide quantique (autrement dit : l’énergie du vide n’est pas nulle). Au cours de son exposé le professeur Gunzig dit textuellement : « L'énergie du vide est capable du pire comme du meilleur. Le pire, c'est un problème conceptuel majeur toujours irrésolu : sa valeur déduite de la théorie quantique des champs est colossale et totalement incompatible avec les propriétés de notre univers ». Une contradiction entre la théorie et la réalité qui, dans l’interview du moins, ne semble pas le troubler outre mesure, puisqu’il établit son scénario sur la base de ce concept plus que problématique. Je ne veux pas dire qu’il a tort d’explorer des pistes sur une sorte de pied d’argile. Apparemment il a la modestie de ne pas prétendre que son modèle détient la vérité. Mais cela illustre bien le danger mis en évidence par Narlikar : moins de modestie intellectuelle, plus d’arrogance et le fondamentalisme n’est pas loin.

 

Je crois que la mise en regard de ces deux interviews devrait nous conduire à une réflexion sur les dangers d’une mauvaise utilisation des modèles en sciences. Un modèle permet d’explorer une thèse, de la pousser jusqu’à ses conséquences lointaines, mais il ne peut prétendre représenter la réalité que lorsqu’il est empiriquement vérifié.


Ce qui est vrai pour la cosmologie l’est certainement au moins autant pour l’économie et pour la climatologie.

A propos de cette dernière, certains critiques du GIEC font observer que ses prévisions seront vérifiables dans cinquante ans, quand tout le monde, si elles ne se confirment pas, les aura oubliées. Je ne saurais trop conseiller la lecture du rapport, établi par un groupe international de scientifiques, intitulé C'est la nature, et non l'activité humaine qui détermine le climat. Ce rapport conteste les thèses du GIEC sur l'origine anthropogénique du réchauffement climatique, en particulier l’utilisation de modèles non vérifiés empiriquement, voire en contradiction avec de nombreux faits empiriques. Les douze premières pages de ce rapport sont accessibles à ceux qui n’ont pas de culture scientifique.

 

Une fois encore, loin de moi de vouloir trancher entre le GIEC et ce groupe de scientifiques ; je m’étonne seulement de l’assourdissant silence médiatique pesant sur les « hérétiques »  (enfin, rien concernant les media ne devrait plus m’étonner !).



 





Bibliographie

 

Les Dossiers de la Recherche, N° 35 – Trimestriel Mai 2009, Le Big Bang, Révélations sur l’origine de l’Univers. Egard Gunzig, Entretien, « L’espace-temps s’est créé lui-même », p. 32-36. Jayant V. Narlikar, Entretien, « Croire au Big Bang est un acte de foi », p.42-45.
 

 



C'est la nature, et non l'activité humaine qui détermine le climat, version française du Report of the nongovernmental international panel on climat change :
http://www.pensee-unique.fr/NIPCC


Partager cet article
Repost0
4 mai 2009 1 04 /05 /mai /2009 00:01


Pour être bref il faut être schématique. Cet article est donc susceptible de beaucoup de critiques de la part d'épistémologues et de philosophes.

Le point de départ de ma réflexion est dans trois concepts qui ont toujours tarabusté les théologiens, les scientifiques, les épistémologues et les philosophes :

 

- La nécessité.

- Le hasard.

- La liberté.

 

La nécessité 
 

La nécessité, c’est ce qui règne, aujourd’hui sans conteste, sur le monde physique et physico-chimique. C’est le déterminisme découlant des lois de la nature, qui rend les évènements et les effets d’une action prédictibles. (N.B. Le hasard quantique n’est un hasard qu’au niveau de la particule individuelle. Au niveau statistique, il n’y a plus qu’un déterminisme absolu, ce qui explique que les lois quantiques soient utilisables dans des applications technologiques extrêmement pointues. Il n’est pas le lieu de discuter ici du trouble intellectuel que le hasard quantique induit chez les philosophes, les logiciens et les épistémologues, plus que chez les physiciens d’aujourd’hui).

 






Le hasard


Il y a le vrai hasard et le faux hasard.

 

Le faux hasard c’est l’imprédictibilité liée à un nombre trop important de  facteurs déterminants et à une trop grande sensibilité d'un effet par rapport à une cause. C’est le fameux effet "papillon". Le faux hasard est dominant en météorologie et l'on cherche à repousser cette imprédictibilité par la puissance des ordinateurs et des logiciels .

 

Le vrai hasard peut être illustré par le hasard de la mutation génétique.

 

Le hasard est très important en biologie : le vrai hasard préside aux mutations et le faux hasard rend les résultats des mécanismes sélectifs imprédictibles. Ceux qui tirent de la théorie darwinienne de la sélection l’idée de l’inéluctabilité, ou de la nécessité, d’une évolution de la vie vers des formes toujours plus complexes, avec comme aboutissement final la conscience réflexive humaine se trompent, comme l’a bien montré le génial et regretté Stephen Jay Gould dans son ouvrage L’éventail du vivant, le mythe du progrès. Pour ceux que l’épistémologie et l’histoire des sciences intéressent, je ne saurais trop conseiller également Les coquillages de Léonard, du même auteur. C’est une magistrale leçon d’épistémologie appliquée.

 




La liberté

Beaucoup de philosophes et de théologiens estiment que la liberté est le propre de l’homme. Personne ne peut expliquer ses fondements biologiques. Mais il semble bien qu’elle soit liée à la conscience réflexive, elle-même encore biologi-quement inexpliquée. L’erreur des philosophies matérialistes réside dans le fait qu’elles cherchent à appliquer à l’Homme, social ou individuel, le déterminisme des sciences de la nature. Certes les sciences humaines nous apprennent des choses extrêmement intéressantes sur la société et l’individu, mais elles ne peuvent en  expliquer la totalité. Si le déterminisme est total, alors la liberté de l’homme, individuel ou collectif, est niée. Aucune évolution des sociétés n’est concevable si elles obéissent intégralement à des lois dégagées par l’anthropologie, la sociologie ou l’économie politique.




Pire, si comme le marxisme le pense, l’évolution historique, qu’on ne peut nier, est déterminée par les lois de l’Histoire, alors l’humanité n’a aucun pouvoir sur son destin. Si l’homme obéit à une nécessité qui lui est extérieure, alors le bien et le mal n’ont plus de sens, puisqu’il n’est pas libre de choisir. C’est la morale bolchevique : vous n’allez pas dans le sens de l’Histoire, on vous envoie au goulag, ça n’a aucune importance aux yeux de l’Histoire.



 

 






La liberté de l’homme est irréductible aux lois des « sciences » humaines. C’est ce qui explique, avec le faux hasard, l’imprédictibilité du déroulement historique. Il y a toujours eu des hommes, individus ou assemblées, qui ont délibéré, manifestant ainsi la liberté de choisir d’aller dans un sens ou dans un autre.


Donc aussi de faire le bien ou le mal. Sans liberté, point de morale, puisqu’il n’y a plus ni bien ni mal, seulement des déterminations qui s’imposent à l’Homme.

 








Sans liberté, y a-t-il encore un sens au mot « décision » ?

 

Y a-t-il des philosophies matérialistes capables de penser la liberté humaine ? Y a-t-il contradiction dans les termes entre matérialisme et liberté humaine ?

 

 










Bibliographie


Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’origine de l’inégalité parmi les hommes.


Denis Diderot, Jacques le fataliste et son maître.



Stephen Jay Gould, L’éventail du vivant, le mythe du progrès, Éd. du Seuil.










Stephen Jay Gould, Les coquillages de Léonard, Éd. du Seuil.

 


Partager cet article
Repost0
29 avril 2009 3 29 /04 /avril /2009 15:03


Il y a environ deux ans, la Région Rhône-Alpes consacrait un numéro spécial de sa revue à glorifier les actions menées par elle ou avec son aide pour lutter contre le réchauffement climatique. Deux pages donnaient des conseils à ses (é)lecteurs pour participer à ce grand mouvement indispensable au sauvetage de l’humanité.


 

 




C’est ainsi qu’il était suggéré aux habitants de la région de  choisir des produits issus de l’agriculture biologique et du commerce équitable, de faire ses courses à proximité plutôt qu’en hypermarché, de réduire le chauffage et d’enfiler un pull, de partir en vacances près de chez soi, de réduire sa consommation de viande, etc.

 




Cette littérature reflète un profond  mépris des classes pauvres et des classes moyennes, qui représentent pourtant une majorité de l’électorat. On peut donc se poser la question de la signification de tout ce fatras culpabilisateur.

 

Certains estiment que cette façon des responsables politiques, de tous bords, de s’immiscer dans nos actes de la vie quotidienne traduit une volonté sournoise, plus ou moins efficace, mais délibérée, de contrôler les comportements sociaux. Selon cette thèse, lorsque les citoyens, notamment des jeunes générations, acceptent des restrictions comme normales, ils ont moins de raisons de se révolter contre la dégradation des conditions sociales d’existence.

 

Cette analyse, pour pertinente qu’elle soit, est insuffisante.

 

Pendant longtemps l’Église a enseigné aux populations du monde occidental les bases minimales et générales de la morale dans les rapports à autrui. Elle n’intervenait dans la conduite de la vie quotidienne qu’en ce qui concerne la sexualité, chargée dans la plupart des cultures de culpabilité à l’égard des compor-tements considérés déviants selon des critères propres à chacune d’elles.

 

Certains considèrent les critères de la morale sexuelle du christianisme comme particulièrement restrictifs. Comparés à ceux d’autres cultures je n’en suis  pas si certain.

 

Toujours est-il que la post-modernité a mis à mal cette culpabilité sexuelle.

 

Comme il faut toujours qu’une disparition soit compensée  par une apparition (Rien ne se perd, rien ne se crée, principe psychique autant que chimique), la culpabilité moderne est écologique.









Cette culpabilité n’a pas été inventée par les écolos, mais par Malthus. Toute la philosophie des écologistes politiques se résume à la restriction : se restreindre, ne pas user de toutes les facilités ni du confort de la vie moderne, car s’y livrer, voici le huitième péché capital, qui est d’ailleurs devenu non seulement le premier, mais quasiment le seul : le péché contre la nature

 








C’est la culpabilité de ceux qui se pensent riches , la culpabilité de ceux qui, croyants ou incroyants, imprégnés par la culture chrétienne, ont mal digéré la phrase du dialogue avec le jeune homme riche des Évangiles : Il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu ! C’est la culpabilité de ceux qui n’ont retenu que cette maxime et n’ont pas pris connaissance de la fin du dialogue avec le jeune homme riche. En effet, à ses disciples lui demandant qui, alors, pouvait être sauvé, Jésus répondit : Ce qui est impossible pour les hommes est possible pour Dieu. C’est la culpabilité de ceux qui n’ont pas compris que les Évangiles appellent d’une part un petit nombre d’élus à la sainteté et le commun des mortels à seulement renoncer au mal commun.

 


L’Ancien Testament ne déclare-t-il pas : Dieu les bénit en leur disant : « Croissez et multipliez ! remplissez la terre et soumettez-la ! commandez aux poissons de la mer, aux oiseaux du ciel, à tous les animaux qui se meuvent
sur la terre ! »
 

Par ce verset, la religion juive pour la première fois sans doute dans l’histoire de l’humanité ‒ reprise ensuite par la tradition chrétienne ‒ désacralisait la nature et justifiait que l’humanité s’en rende maître. Le développement scientifique et technologique de l’Occident est l’héritier direct de cette vision de la nature, faite pour être mise au service de l’homme.

 

Le dialogue avec le jeune homme riche, en vérité, ne condamne pas le progrès technique, économique et social. Il sanctifie l’esprit de pauvreté. Celui-ci, selon l’enseignement de la charité chrétienne, doit être consacré, d’abord et avant tout, à soulager la souffrance et la peine du prochain. C’est ce à quoi les savants et les ingénieurs de l’Occident se sont consacrés depuis la Renaissance, dans le sillage d’un mouvement d’idées né aux environs de l’an 1000. C’est ce à quoi l’écologisme postmoderne nous invite à renoncer, car nul ne saurait vivre sans culpabilité…

 
Bibliographie

Le rendez-vous citoyen de la région Rhône-Alpes
N° 5 / PRINTEMPS 2007

Ancien Testament :
Gen 1 28

Nouveau Testament :
Le jeune homme riche et Le danger des richesses
Mat 5 16-26 
Mc 10 17-27
Lc 18 18-27


 

 

Partager cet article
Repost0
28 avril 2009 2 28 /04 /avril /2009 20:43


Galilée est incontestablement un des plus grands savants de l'histoire. C'est le fondateur de la science moderne, tant sur le plan de la méthode expérimentale que de la conception de ce qu'est la connaissance scientifique.

 

Dans les controverses scientifiques avec ses confrères, il eut bien souvent raison, qui plus est, sur des points essentiels. Mais il lui arriva aussi de se tromper.

 











Galilée avait observé les phases de Vénus. Les satellites de Jupiter. La rotation des tâches solaires. Tout cela indiquait un vaste mouvement général de rotation des astres sur eux-mêmes et des uns autour des autres. La géniale intuition de Galilée le convainquit que l'explication la plus sûre au jour et à la nuit et à la trajectoire du soleil dans le ciel n'était pas la rotation du soleil autour de la terre mais la rotation de la terre autour d'elle-même et autour du soleil, c'est-à-dire la théorie héliocentrique de Copernic.

 





Cette théorie venait contredire les textes bibliques, notamment le livre de Josué, dans lequel le soleil est arrêté dans son mouvement.

 

A cette époque l’Église n’était pas si obscurantiste que certains se plaisent aujourd'hui à le penser. Elle admettait depuis un certain temps déjà que les points des textes sacrés en contradiction avec les observations de la raison fussent considérés dans un sens purement symbolique ou allégorique. Elle n’admettait toutefois de revenir sur une lecture littérale du texte biblique que dans la mesure où il était clairement démontré qu’elle était contraire à la réalité. Une théorie scientifique non démontrée, contraire aux textes bibliques, pouvait être défendue, à condition que ce le soit à titre d’hypothèse. Cette dernière règle avait d’ailleurs fini par revêtir un caractère plutôt formel.

 

Les esprits forts d’aujourd’hui ne manquent pas de se moquer d’une telle position. C’est oublier que nous n’étions pas au XXesiècle, après que Newton, Darwin, Einstein et Planck nous eurent appris que la marche de la nature n’était pas du ressort de la religion ni des textes sacrés. A cette époque, où les sciences de la nature émergeaient à peine des limbes, on peut même estimer que cette position de l’Église était progressiste voire avant-gardiste. Elle offrait en effet la possibilité de réviser l’interprétation des textes sacrés et, par-là même, ouvrait la porte à tous les progrès de la pensée scientifique. Sauf à ce qu’on me démontre le contraire, je ne sache pas qu’une autre religion dans le monde ait eu une telle attitude d’ouverture dans ces temps reculés.

 



Il se trouve que Galilée avait raison mais qu'il n’eut pas le moyen de le prouver. Il tenta de démontrer sa thèse au moyen du mouvement des marées. Toute personne qui a le niveau d’une classe terminale scientifique de ma jeunesse (Math-élem, ça s’appelait), lisant la démonstration de Galilée comprend immédiatement qu’elle est erronée et par où elle pèche. Pour essayer de faire simple, disons que le mouvement dissymétrique des marées ne peut être provoqué par un mouvement circulaire symétrique de la surface de la terre autour de son axe. C’est d’ailleurs le mouvement de rotation de la lune autour de la terre, dissymétrique par rapport à la surface de cette dernière, qui engendre le mouvement des marées. Cette explication des marées par la lune avait déjà été énoncée par Kepler, et fut explicitement réfutée par Galilée. Il fallut attendre le XIXesiècle pour que la rotation de la terre autour de son axe fût physiquement matérialisée par le pendule de Foucault.

 

Galilée défendit sa démonstration erronée de la réalité de la rotation de la terre devant le Saint-Office. Celui-ci, conformément à la doctrine de l’Église de l’époque, était disposé à admettre cette thèse à titre d’hypothèse et n’admit pas la démonstration - erronée - de la réalité du mouvement de la terre.

 


Il faut ajouter à cela un contexte où Galilée s’est montré pour le moins imprudent dans son opuscule Dialogue sur les deux grands systèmes du monde. Il y mettait les arguments des opposants à sa thèse dans la bouche d’un simple d’esprit, dans lequel le Pape, qui jusque là avait soutenu Galilée, crut voir sa propre caricature !!!

 

Bibliographie

Ludovico Geymonat. « Galilée ». Éd. du Seuil. Coll. Points Sciences.

William Shea. « La révolution galiléenne ». Éd. du Seuil. Coll. Science ouverte.

Arthur Koestler. « Les Somnambules ». Éd. Calmann-Lévy





 

 

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de Laurent Berthod
  • : Les idées d'un blogueur politiquement incorrect. Comment pourrait-il en être autrement, je suis un vieil humaniste kantien et qui dit kantien, dit con et réac !!! Histoire des idées, épistémologie, progrès technique, agriculture intensive, distinction homme/animal, réchauffement climatique, religion et science, etc. : ce blog n’épargne aucune des bienpensances de notre monde postmoderne idéologiquement formaté par l’émotion médiatique.
  • Contact

Recherche