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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 00:05

 

jpj2.JPG

Un article paru dans Le Monde Magazine du 29 janvier dernier est consacré à Jean-Paul Jaud, cinéaste documentariste, réalisateur du film Nos enfants nous accuseront, sorti en novembre 2008, dans le synopsis duquel on peut lire ‒ attention cher lecteur, pour ne pas tomber à la renverse, asseyez-vous d’abord : « 70 % des cancers sont liés à l’environnement dont 30 % à la pollution et 40 % à l’alimentation ».

 

Dans le rapport* publié en 2007 sur Les causes du cancer en France il est écrit noir sur blanc :

rapportContrairement à certaines allégations, la proportion de cancers liés à la pollution de l’eau, de l’air et de l’alimentation est faible en France, de l’ordre de 0,5%, elle pourrait atteindre 0,85% si les effets de la pollution de l’air atmosphérique étaient confirmés.

 

Pr TubianaLa question est donc : pourquoi Monsieur Jean-Paul Jaud, cinéaste de formation et de métier, croit-il mieux connaître l’origine des cancers que le Professeur Maurice Tubiana, le Centre international de recherche sur le cancer et l’Institut national du cancer réunis ?

 

jaud (2)

 

Parce que ses films à sensation sont présentés à Cannes et font de nombreuses entrées ? Cela est sans doute pour quelque chose dans le fait qu’il persiste dans la thématique écolo-anxiogène militante.

 

Mais c’est depuis qu’il a développé un cancer du côlon en 2004 et qu’il en a attribué la cause à son alimentation qu’il est devenu militant de l’alimentation bio.

 

 

En général il est très difficile aux victimes d’attribuer leur malheur à la fatalité. Elles sont soulagées par le fait de pouvoir désigner un coupable.

 

cerveau2

 

J’illustrerai cette composante quasi universelle de la psychologie humaine par deux exemples et une citation.

 

 

Sans titre (2)

 

Dans des populations où se pratique encore la sorcellerie, l’explication que le rationaliste apporte à l’effondrement de la toiture d’une maison par l’action des termites n’est pas suffisante : « Oui, certainement, mais pourquoi justement à cet instant précis, tuant telle personne ? Quelqu’un a jeté un sort à la victime ! »

  

 

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Le troisième procès de Patrick Dils, alors emprisonné depuis quinze ans pour le meurtre de deux enfants, s’est achevé par son acquittement. La seule vraie question qui vaille était de savoir si Patrick Dils était vraiment coupable du crime pour lequel il avait été condamné par deux fois. Les familles des victimes, parties civiles, ont plaidé la culpabilité de Patrick Dils. Il leur était difficile de ne plus avoir de coupable. On peut les comprendre, bien que la justice ne soit pas d’avoir un coupable mais de punir le vrai coupable.

 

 

daumier2.jpg

 

Je rapporte ce cas un peu ancien parce que, malgré le temps passé, il est resté bien vivant dans mon esprit. Mais il est emblématique de bien d’autres procès criminels. Combien de fois n’a-t-on pas vu, au JT, les avocats des parties civiles chercher à nous démontrer la culpabilité de l’accusé ?

 

 

téléphone

 

L’émission Le téléphone sonne du 25 février 2010, sur France Inter, était consacrée aux cancers et aux leucémies de l’enfant.

 

 

Un auditeur s’interroge sur l’origine génétique de ces maladies. Une auditrice affirme sa croyance dans le rôle prépondérant de leur origine environnementale.

 

Titien-.jpg

 

Dans sa réponse circonstanciée sur les plans scientifique et médical, le Professeur André Baruchel, chef du service d’hématologie pédiatrique de l’hôpital Robert Debré, glisse avec beaucoup d’humanité : « Il est important de dire aux gens que, oui, c’est normal, quand on subit un drame pareil, on a besoin d’un coupable et on cherche le coupable dans sa génétique familiale ou dans son environnement et malheureusement les réponses ne sont pas univoques ».

 

 

Bruegel

 

Monsieur Jaud a besoin d’un coupable de son cancer du côlon. Il l’a trouvé dans son alimentation, ce pourquoi il s’est converti aux aliments bio et cherche à y convertir son public. Ça doit tellement le soulager !

 

 

Mais peut-être les gens raisonnables n’ont-ils pas besoin de croire que l’alimentation conventionnelle a jeté un sort à tous ceux qui développent un cancer du tube digestif !

 

caravageLe bouc-émissaire est un coupable désigné par une communauté en crise ou en voie de dissolution, qui se ressoude sur son dos. Le « besoin de coupable » dont il est question ici est le coupable dont a besoin une victime d’un drame individuel. Les manipulateurs d’opinion, parmi lesquels je range les écologistes, savent jouer sur ces deux ressorts de l’âme humaine.

 

 

*Rapport établi par le Centre international de recherche sur le cancer, l’Académie nationale de médecine, l’Académie nationale des sciences, la Fédération nationale des centres de lutte contre le cancer avec le concours de l’Institut National du Cancer et de l’Institut de Veille Sanitaire.

  

Pour en savoir plus 

Rapport sur les causes du cancer en France

 

Lire aussi

On a toujours besoin d'un bouc émissaire

Écologisme et cancer : mythologie et réalités

Il n'y a pas d'explosion des cancers

 

 

 

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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 20:00

 

 

Caspar David FriedrichDans un commentaire à propos d’un précédent article de ce blog, un lecteur, Rémi, se demandait comment expliquer l’ambiance de catastrophisme et de « culpabilisme aigu » qui irrigue un large courant d’opinion, que je qualifierais volontiers de postmoderne (j’entends par là, qui rejette les valeurs de la modernité).

  

le-cri-.jpg

 

Sur un autre forum, un intervenant disait que le secret de la réussite des lanceurs d’alerte « c’est que le public aime avoir peur, le public veut de la peur. La peur éprouvée en commun crée du lien social. »

 

 

 

C’est incontestable.

 

Mais, pourquoi la peur crée-t-elle du lien social ?

 

bouc emissaire

 

Parce qu'elle désigne à la communauté un bouc émissaire qui la soude dans la haine d'un ennemi dangereux reconnu comme tel par tous.

  

 

 

Le bouc émissaire

 

 

René Girard explique de façon assez convaincante comment, dans des situations de crise ou de dissolution, la désignation d’un bouc émissaire ressoude la communauté. Il en démonte le mécanisme.

  

 

 

cambodge.jpgPour se convaincre de la valeur de cette explication, il n’y a qu’à lire dans les forums sur Internet les sentiments exprimés à propos des pesticides, des "contaminants" chimiques, récemment de l’affaire de la dioxine à Gilly-sur-Isère : haine des industriels, des scientifiques « à la botte » de ces derniers, des gouvernants, etc. accusés d’être des assassins, des complices, des criminels contre l’humanité…

 

L'histoire montre que les totalitarismes utilisent la haine du bouc-émissaire.

  

zek

 

Communisme

 Bouc-émissaire : le koulak en URSS, l'intellectuel en Chine pendant la révolution "culturelle", le citadin dans le Cambodge des Khmers rouges.

 

 

 

Ghetto de Varsovie (2)

 

Nazisme

Bouc émissaire : le Juif.

 

  

  

 

Sans titre - 1 (2)

 

 

Islamisme

Bouc émissaire : l'infidèle.

 

 

 

Par où l'on voit que :

 

le vieux - 1

 

Le communisme est plus opportuniste que le nazisme. Selon les circonstances, il a plusieurs boucs émissaires sous la main, ce qui l'a sans doute aidé à s'acclimater sous divers cieux et à perdurer plus longtemps.

 

 

foule2.jpg

 

Le bouc-émissaire le plus "universel" est celui que l’islamisme désigne à la vindicte de la communauté, car il n'y a pas autant de Juifs, de koulaks, d'intellectuels ou de citadins que d'infidèles !

 

 

Les écolos qui, dans leurs discours, usent et abusent des boucs émissaires sont, d’une certaine façon, les plus ou moins lointains héritiers ou collatéraux, des Rouges, des Bruns et des Verts !  Disons que, jusqu’ici,  leur totalitarisme est resté surtout verbal, mais enfin, on trouve des passages à l’acte chez un certain nombre de militants : arraisonnements violents par Greenpeace, intimidation par des destructions de récolte, destructions de plusieurs années de travaux de recherche par les faucheurs volontaires, etc.

  

genocide

 

Rémi, notre commentateur, se demande aussi pourquoi le "culpabilisme" aigu tend à reprocher à l'activité humaine son existence même, autrement dit notre trop grand nombre – sans pour autant aller au bout du raisonnement malthusien, un génocide.

 

 

Tout d’abord, je dirai que certains ne sont pas très loin de l’idée de génocide. Dans mon article Les écologistes n'aiment pas l'humanité on trouvera plusieurs déclarations qui vont dans ce sens.

  

Mais, revenons à la question, la raison de ce sentiment de culpabilité.

 

Je pense qu’il s’agit plus d’une peur  que d’une culpabilité. La peur de la démographie n’a pas été inventée par les écolos postmodernes, mais par Malthus.

 

Rembrandt, La guilde des drapiers RijkmuseumElle a été remise au goût du jour au XXe siècle par des aristocrates, comme le prince Philipp, et des hommes d’affaires, pour certains milliardaires, tels que David Rockfeller, Maurice Strong, Ted Turner, Rupper Murdoch, qui les ont reformulées dans le cadre de groupes comme le Club de Rome, la Commission trilatérale et le Groupe de Bilderberg.

  

La Nain Famille de paysansQuand on consulte la littérature issue de ces cénacles, comme d’ailleurs celle, originelle, de Malthus, on trouve le plus souvent la peur de la prolifération des pauvres, susceptibles, par leur nombre même et leur marche vers un niveau de vie équivalent à celui des pays riches, de remettre en cause les fondements du confort des pays développés et, surtout, de leurs élites sociales.

 

le parfum d'adam (2)

 

Cette motivation est très bien décrite dans le roman de Jean-Christophe Rufin Le parfum d’Adam.

 

 

 

caspar-david-friedrich.jpg

 

Ensuite, pour faire passer dans les masses ce message fort peu charitable, on joue sur la corde sensible de la culpabilité envers la nature, qui trouve ses racines dans le romantisme allemand et le "conservationnisme" américain.

 

 

 

Antoine Arnauld

 

 

Ajoutez un zest de "Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer au royaume de Dieu", très janséniste, donc très français, et vous obtenez l'idéologie de la décroissance.

 

 

 

Pour en savoir plus

 

Le bouc émissaire

 

 René Girard, Le Bouc émissaire, Le livre de poche, coll. biblio essais

 

 

 

Des choses cachées depuis la fondation du monde

 

René Girard, Des choses cachées depuis la fondation du monde, Le livre de poche, coll. biblio essais

 

 

 

La violence et le sacré (2)

 

René Girard, La violence et le sacré,  Hachette Littératures, coll. Pluriel

 

 

 

le parfum d'adam (2)

 

Jean-Christophe Rufin, Le parfum d'Adam, Folio

 

 

 

Lire aussi

Culpabilité postmoderne

Les écologistes n'aiment pas l'humanité

À la faute morale les écologistes ajoutent la faute intellectuelle

La nouvelle religion : l'écologisme

  

 

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24 mars 2010 3 24 /03 /mars /2010 19:20


Quiconque s’est intéressé à l’épistémologie, même de loin,  a entendu parler :

popper
Du critère de réfutabilité de Karl Popper, permettant de distinguer les énoncés scientifiques de ceux qui ne font que prétendre l’être.





Kuhn
Des changements de paradigmes qui, selon Thomas Kuhn, scandent l’histoire des sciences.





DSC02554 (3)

Et d’un principe bien plus ancien, puisqu’il remonte au XIVe siècle, le rasoir d’Occam.




Le livre de Benoît Rittaud, Le mythe climatique, dont j’ai parlé dans un précédent articles, suscite la critique fréquente que, s’agissant d’un mathématicien, l’auteur ne saurait se prononcer dans le domaine de la climatologie.

Galilée
Ce à quoi d’autres opposent que, puisque selon Galilée il est vrai que  « La nature est un livre écrit en langage mathématique », les mathématiciens sont autorisés à jeter un coup d’œil sur les calculs et les raisonnements de leurs collègues de toutes spécialités scientifiques.
Ce n’est pas sur ce terrain polémique que je veux aller aujourd’hui.


Je souhaite porter à la connaissance de mes lecteurs les considérations que Benoît Rittaud développe à propos du rasoir d’Occam.


Occam
Ce principe veut qu’entre deux théories expliquant aussi bien un phénomène, il convient de retenir la plus simple. Ce principe ne peut être démontré. Comme l’écrit Benoît Rittaud, il a donc mauvaise presse. Il n’en a pas moins guidé la science. Je me suis souvent demandé ce qui pouvait justifier pragmatiquement cet axiome.

J’ai trouvé la réponse aux pages 99 et 100 du Mythe climatique.




La dangereuse puissance de l'imagination

Pise (6)
Cette histoire des carottes de glace est riche d'enseignements. Le premier est que l'imagination est sans limite lorsqu'il s'agit de
défendre un point de vue. Les scientifiques disposent de moyens quasiment infinis pour défendre une théorie et son contraire. C'est à cette aune que doit être jugé l'intérêt d'un critère comme le fameux « rasoir d'Occam », du nom de Guillaume d'Occam, qui passe pour en être l'inventeur au début du XIVe siècle (bien que diverses variantes soient plus anciennes, et se trouvent même chez Aristote, au IVe siècle avant notre ère). Dans sa présentation courante, le rasoir d'Occam stipule qu'entre deux théories, il vaut mieux retenir la plus simple en accord avec les observations.


Commode à première vue, ce critère
souffre de plusieurs graves défauts théoriques qui font qu'il n'a pas bonne presse : d'une part, il n'est pas toujours possible de se mettre d'accord sur la simplicité relative de deux théories concurrentes ; d'autre part, cette « prime à la simplicité » est difficile à soutenir en dehors d'un jugement esthétique extrascientifique.


Centaure2
Malgré ces problèmes, le rasoir d'Occam n'est pas sans intérêt. Le premier de ses défauts ne se manifeste pas dans le cas qui nous concerne car, pour ce qui est de l'analyse des courbes données par
les carottes de glace, la simplicité choisit très clairement son camp. Quant au second, il peut se résoudre dans certains cas en prenant du recul et en comprenant le rasoir d'Occam comme un garde-fou. Puisque l'imagination est sans limite - c'est sans doute même l'une des plus puissantes forces de l'esprit humain -, il est parfois nécessaire de la canaliser.


Le rasoir d'Occam fournit une manière de le faire, en proposant une méthode pour confronter nos constructions intellectuelles à un critère neutre (1). Une exégèse du rasoir d'Occam pourrait être : « puisque vous parviendrez toujours à concevoir des explications cohérentes à tout, lorsque viendra le moment de faire le tri, demandez-vous si vous avez vraiment fait autre chose que tordre vos raisonnements ou vos interprétations dans le but de faire l'économie d'une remise en cause ».

1. Je dis « neutre », et non pas « objectif». La simplicité est une notion subjective, mais on peut la considérer comme neutre dans la mesure où elle transcende le contexte auquel il s'agit d'appliquer le rasoir d'Occam.
 
Lumineux, non ?


Bibliographie

SokalBricmont
On trouvera une présentation de différentes théories épistémologiques dans Impostures intellectuelles d'Alan Sokal et Jean Bricmont, Le Livre de Poche, biblio essais.









img002
Le mythe climatique
, Benoît Rittaud, Éd. du Seuil, coll. Science ouverte.

 








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20 septembre 2009 7 20 /09 /septembre /2009 20:09



Le rapport de la Commission Stiglitz sur les statistiques économiques, remis lundi dernier au président de la République, critique le concept de produit intérieur brut de la comptabilité nationale et   préconise le développement d’indicateurs évaluant la mesure du bien-être.

 


À ce propos, un article à lire absolument, simple et bref, démonte en quelques lignes la naïveté de nos élites, parmi lesquelles des prix Nobel, dans un style percutant avec, à l’occasion, une verve sarcastique et jubilatoire (Joseph Stiglitz, prévisionniste infaillible du passé et moraliste en chef de l'économie mondiale.)


L’article en question :
Soyons archaïques, parlons du PIB,  Pierre-Antoine Delhommais

 


À l'opposé de nos élites, intellectuelles aussi bien que politiques, qui planent complètement, Pierre-Antoine Delhommais garde les pieds sur terre et son article est plein de bon sens. 
 

Même des gens réputés raisonnables, comme les invités de l'émission L'Esprit Public de Philippe Meyer, sur France-Culture, n'ont dit ce matin que des bêtises à ce sujet (à la notable exception de Jean-Louis Bourlanges), submergés qu'ils sont par l'air du temps. En principe le boulot d'un intellectuel n'est pas d'être submergé !
 

 

J'ai lu les 36 premières pages du rapport Stiglitz, qui en compte 324. C'est d'une vacuité consternante.

 

Soit il enfonce des portes ouvertes, notamment quant aux faiblesses de certains concepts de la comptabilité nationale, bien connues des économistes depuis que celle-ci existe, mais qu’on a toujours eu ‒ et qu’on aura toujours – du mal à surmonter.

 

Soit il propose d'additionner des carottes et des poireaux. Ah, que sont devenus les préceptes de l’institutrice du bon vieux temps de l’école primaire de Monsieur Stiglitz ? Comment élaborer un indice synthétisant, parmi beaucoup d'autres choses, l’efficacité du système de santé publique et l’efficacité du système d’éducation ? Cela a-t-il même seulement le moindre intérêt pour la représentation qu’on se fait d’une société ou pour la conduite d’une politique publique ?

 

Soit il propose de mesurer des choses dont il nous dit qu'elles sont très difficilement mesurables, autant dire, puisqu’elles ne l’ont jamais été malgré leur intérêt, pas mesurables du tout.
 

 


Le billet de Pierre-Antoine Delhommais souligne que tout un chacun a pu mesurer les effets négatifs sur le bien-être social de la diminution du PIB due à la crise.




Cela conduit le lecteur à l'inéluctable conclusion que l'homme de la rue est plus sensé que nos classes dirigeantes et que ces dernières se trompent si elles pensent attraper des mouches avec du vinaigre plus au moins mâtiné de sauce écolo et de bons sentiments.
 

 

Des billets comme celui-ci sont trop rares dans la presse et dans les media.  Courage à Pierre-Antoine Delhommais et surtout qu’il continue !
 

 



La définition du progrès qui sous-tend le rapport Stiglitz renoue avec la vision utilitariste du « plus grand bonheur du plus grand nombre ». Mais il demeure une difficulté fondamentale sur le chemin d’une définition normative du bonheur, que John Stuart Mill a opposée à Jeremy Bentham  :


Quel état devons-nous préférer, celui « d’un pourceau satisfait » ou « d’un Socrate insatisfait 
» ?



                                                                                                                                                John Stuart Mill

Bibliographie

Outre l'article de Pierre-Antoine Delhommais on lira ou on écoutera utilement :

Vive le bon vieux PIB ! d'Éric Le Boucher

Au-delà du PIB, le bonheur ? du Centre d’analyse stratégique

Un an après, la crise a-t-elle eu lieu? - Le rapport de la commission Stiglitz , France-Culture, L'Esprit Public, émission du dimanche 20 septembre 2009

Rapport de la commission Stiglitz (324 pages)





 

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13 août 2009 4 13 /08 /août /2009 14:32





Aussi loin que remontent mes souvenirs littéraires, Baudelaire fut pour moi le plus merveilleux des poètes. 





A l'époque où Baudelaire écrivait, ainsi qu'à l'époque où je le découvrais,  l'écologisme n'avait pas encore commencé de faire des ravages dans les esprits.




Pourtant, dans une lettre de refus à un éditeur, le poète écrivait :


« Mon cher Desnoyers, vous me demandez des vers pour votre petit volume, des vers sur la nature, n’est-ce pas ? sur les bois, les grands chênes, la verdure, les insectes – le soleil, sans doute ? Mais vous savez bien que je suis incapable de m’attendrir sur les végétaux, et que mon âme est rebelle à cette singulière Religion nouvelle qui aura toujours, ce me semble, pour tout être spirituel, je ne sais quoi de schocking. Je ne croirai jamais que l’âme des dieux habite dans les plantes et, quand même elle y habiterait, je m’en soucierais médiocrement et considérerais la mienne comme d’un bien plus haut prix que celles des légumes sanctifiés. »


 



Si Baudelaire a ressenti le besoin de s'exprimer en ces termes c'est que, déjà de son temps, l'animisme était de retour. On ne dira sans doute jamais assez ce que le romantisme allemand, une des sources idéologiques de l'écologisme moderne, a pu charrier en la matière.

Il me plairait bien que les ironiques légumes sanctifiés deviennent  l'emblème du combat contre le néo-animisme d'aujourd'hui.



















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17 juillet 2009 5 17 /07 /juillet /2009 22:34




La religion du xxie siècle
, unanimiste, qui rassemble athées, agnostiques et croyants, est l'écologisme.


L'écologisme a gagné les esprits par l'art consistant à orchestrer savamment la peur.

 

Y ont intérêt :

 

- des politiciens qui ont généralement raté leur carrière dans les mouvements politiques classiques et se sont recyclés chez les Verts,






- tous les media, pratiquement sans exception, car la peur fait vendre,







- de nombreuses ONG peu scrupuleuses qui ont tout un appareil de dirigeants et de fonctionnaires à payer,





- quelques scientifiques qui ont trouvé ce moyen peu honnête de capter des crédits de recherche pour leurs labos.


Les grandes peurs tant prêchées sont : la surpopulation, le réchauffement climatique, la disparition de la biodiversité, la déforestation galopante, l’épuisement rapide des ressources minérales, le développement des cancers du fait de la généralisation des produits chimiques de synthèse dans notre environnement, la dégradation de la qualité de l’air dans toutes les grandes villes, la pollution généralisée des eaux par l’agriculture intensive, l’augmentation du nombre de pauvres et d'affamés dans le monde…

Que nous propose l’écologisme politique pour résoudre ces problèmes : restreindre notre train de vie, car le péché capital est le bien être et le confort. Les fondateurs, dont faisait partie le commandant Cousteau, et bon nombre de leurs successeurs, dans leur détestation de l’humanité, vont jusqu’à préconiser de ramener la population mondiale à quelques centaines de millions d’habitants (nous sommes plus de six milliards sur terre). Ils se gardent bien de dire par quel moyen. Quand ils osent en parler, ils évoquent la sélection naturelle, les épidémies, la faim, etc. Joyeuse perspective. Une religion de mort en somme…




Toutes ces craintes sont largement imaginaires. Il existe un ancien militant de Greenpeace, que le métier de statisticien, qui était le sien, a conduit à douter des thèses catastrophistes de Greenpeace. Il s’appelle Bjørn Lomborg. Il a écrit un bouquin remarquable, quoique bien mal traduit en Français : « L’écologiste sceptique ». Il y a longtemps que je partageais son point de vue sur les sujets que je connais de par ma profession. Il m’a ouvert des perspectives raisonnables sur les autres.





En ce qui concerne la population mondiale, tous les démographes sont d’accord pour prévoir d’ici quelques dizaines d’années son plafonnement à neuf, dix, onze ou douze milliards d’individus. Après, on ne sait pas ce qui peut se passer. Déjà, stabiliser une population pose des problèmes économiques et sociaux redoutables, du fait du vieillissement que cela implique. Alors sa décroissance !  En dehors de l'insupportable question morale, sur le simple plan économique et social, le remède serait certainement pire que le supposé mal. Ce que les agroéconomistes nous apprennent c’est qu’avec les méthodes modernes de l’agriculture la planète est capable de nourrir durablement 15 milliards d’habitants.


Les gens qui pensent comme Lomborg sont peu nombreux, certes. Mais ce nombre grandit tous les jours.


Souvenons-nous que les premiers chrétiens ont commencé par n’être à peine plus qu’une douzaine. Certains annonçaient la fin du monde pour bientôt et tous proclamaient l’égalité des êtres humains devant Dieu. Deux mille ans plus tard la fin du monde n’est pas arrivée et presque toute la terre, avec ou sans Dieu, est convaincue de l’égalité foncière des êtres humains (enfin, disons que peu nombreux sont ceux qui osent affirmer ouvertement le contraire).




Eh bien, la fin du monde annoncée par les grands prêtres de l’écologisme n’est pas si proche que ça et l’élévation du bien-être d’une population mondiale de douze milliards d’hommes est parfaitement possible, à condition de ne pas refuser systématiquement le progrès tech-nique, contrairement à ce à quoi nous invite la nouvelle fausse religion.





 

 






















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7 juillet 2009 2 07 /07 /juillet /2009 00:04



D'après Malthus (1766–1834), la population s’accroit selon une progression géométrique (aujourd’hui au mot « géométrique » les mathématiciens préfèrent souvent celui « d’exponentiel ») tandis que les ressources alimentaires s'accroitraient seulement selon un rythme « arithmétique ». Cela doit aboutir à une restriction de la population, soit en application d’une politique volontariste soit selon un ajustement « naturel », par la faim ou la maladie. Bien que constamment démentie par les faits depuis deux siècles, cette théorie sert encore de fond intellectuel à la plupart des écologistes, qui selon les cas, osent ou non l’avouer.

Dans leur ouvrage La nouvelle écologie politique, Jean-Paul Fitoussi & Éloi Laurent  donnent les chiffres suivants :

POPULATION MONDIALE ET NIVEAU DE VIE, de l'an 1 à l'an 2000

Année

Population (en milliers)

Production par tête (en « dollar international »)

 1

225 000

467

1000

267 000

453

1500

438 000

566

1820

1 041 000

667

1900

1 563 000

1262

1950

2 525 000

2113

1970

3 685 000

3736

2000

6 061 000

6055


Les auteurs précisent : « Le niveau de vie moyen de l’humanité a davantage augmenté entre 1990 et 2000 qu’entre l’an 1 de notre ère et 1820. Plusieurs milliards d’individus sont ainsi sortis de la misère ou sont sur le point de s’en extraire. »


Par où l'on voit que non seulement la population mondiale, avant et après Malthus, n'a cessé de s'accroître, mais encore de s'enrichir.

 



L’erreur des malthusiens modernes est de considérer que les ressources sont limitées alors qu’en vérité l’accroissement des connaissances et des techniques disponibles ne cesse de repousser les frontières des ressources exploitables.





Selon le rapport inaugural du club de Rome intitulé « Halte à la croissance ? » datant de 1968, le mercure aurait dû s'épuiser en 1983, l'or en 1984, l'étain en 1987, le zinc en 1990, le pétrole en 1992, le cuivre et le plomb en 1993, le gaz naturel en 1994 ! Pour l'uranium c'était « avant la fin du siècle » !





Autre illustration : le coût d’opé-rations telles que les additions et les multiplications a été évalué à 19 700 dollars par million d’opérations en 1890, contre 30,5 dollars en 1950 et 0,0000000729 dollar en 2000.

 






C’est aussi oublier que plus l’humanité s’enrichit, plus la croissance est composée de services plutôt que de biens matériels.

 





Lors d’un choc pétrolier, un dirigeant arabe de l’OPEP avait déclaré que l’humanité ne viendrait pas à manquer un jour de pétrole ; à l'appui de sa thèse il rappelait que dans les temps préhistoriques l’humanité n’avait pas fini par manquer de silex, parce qu’avant que cela n'arrive la métallurgie avait été inventée.

 


Cette déclaration rejoint la sagesse ancestrale de l'histoire des deux hommes de Cro-Magnon qui, revenant de la chasse aux mammouths, bavardent. L’un dit : « Tu sais, je crois qu’il y aura six milliards d’être humains dans 40 000 ans. » – « Tu es fou. Il n’y aura jamais assez de mammouths. Il faudrait au moins 1000 planètes ! »

 


À
la faute morale, les écologistes ajoutent donc la faute intellectuelle. Si cette faute était encore excusable du temps de Malthus, elle ne l'est plus !




                                                                        Centrale nucléaire du Tricastin
                                                                 L'avenir est à la nouvelle génération EPR


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3 juillet 2009 5 03 /07 /juillet /2009 19:13



La samedi 4 avril 2009, le député de Paris Yves Cochet, membre des Verts, ancien ministre de l’environnement de Lionel Jospin, a déclaré dans un colloque de la revue de la décroissance Entropia, qu’un enfant européen ayant « un coût écologique comparable à 620 trajets Paris-New York » il faudrait faire voter une directive baptisée «grève du troisième ventre» qui inverserait l’échelle des prestations familiales. « Aujourd’hui, plus on a d’enfants, plus on touche. Je propose qu’une famille continue de percevoir des aides pour les deux premiers enfants, mais que ces aides diminuent sensiblement à partir du troisième ». Cette déclaration a été considérée comme scandaleuse par beaucoup de commentateurs. Pourtant cette déclaration d’Yves Cochet s’inscrit dans une tradition qui remonte aux origines du mouvement écologiste.



René Dumont
, fondateur de l’écologie politique en France, déclarait en 1973 dans L’Utopie ou la mort : « Il serait possible, surtout quand les méthodes contraceptives et d’avortement précoce auront fait des progrès décisifs, de n’autoriser qu’une natalité compensant exactement la mortalité, donc d’atteindre vite la croissance zéro, si on employait des méthodes autoritaires – que le danger mondial permettrait de justifier ». Et : « L’abandon des petites filles dans les familles pauvres chinoises, ou l’avortement systématique au Japon, avant 1869 comme après 1945, peuvent être, à la lumière de nos récentes observations, considérés comme des mesures comportant une certaine sagesse ».
 



En 1986, dans Pour l’Afrique, j’accuse, il déclarait : « La plus grave menace pour l’avenir de l’humanité reste l’explosion démographique, la prolifération du plus redoutable prédateur, l’homme, sur une “petite planète” ».

 





Le
commandant Cousteau, longtemps personnalité la plus populaire en France, déclarait en 1991 : « Nous voulons éliminer les souffrances, les maladies ? L’idée est belle mais n’est peut-être pas tout à fait bénéfique sur le long terme. Il est à craindre que l’on ne compromette ainsi l’avenir de notre espèce. C’est terrible à dire. Il faut que la population mondiale se stabilise et, pour cela, il faudrait éliminer 350 000 hommes par jour. » On raconte que quand son ami Michel Serres lui demandait malicieusement comment il comptait s’y prendre pour atteindre ce merveilleux résultat, il se mettait en colère.

 



Hubert Reeves
, à propos d’un reportage sur les écoterroristes anglais diffusé sur France 3, où l’on voyait notamment des opérations de résistance passive mais aussi des menaces de mort, a déclaré : « Sans aller jusqu’à approuver les actions terroristes, je pense que leur cause est bonne. Je suis très admiratif de leur courage. Je trouve très bien que ces jeunes se mobilisent pour des actions que l’on peut qualifier d’héroïques. »


 



En août 1988
le prince Philip, duc d’Édimbourg, époux de la reine d’Angleterre, cofondateur et président d’honneur de la multinationale au panda, le WWF, affirmait : « Au cas où je serais réincarné, je souhaiterais l’être sous la forme d’un virus mortel afin d’apporter ma contribution au problème de la surpopulation. »

 





Lovelock,
inventeur de Gaïa, la nouvelle déesse animiste de l’écologie politique, déclare que « les êtres humains sont devenus trop nombreux et agressent Gaïa. Gaïa n’a pas besoin d’eux pour fonctionner. Un jour, s’ils continuent à transgresser ses lois, Gaïa va s’ébrouer et ils tomberont comme les poux tombent d’un chien ».

 


Julian Huxley (frère du célèbre écrivain Aldous Huxley, auteur du roman d’anticipation Le Meilleur des mondes), qui fut directeur général de l’UNESCO dans l’immédiat après guerre, fonda en 1948 l’Union internationale pour la protection de la nature (UIPN). Dans son discours inaugural de l’UIPN il déclara : « À long terme, le problème démographique est plus important que celui de la guerre et de la paix parce que l’homme a commencé à se répandre sur la planète comme un cancer. »

 

Aurelio Peccei, fondateur du club de Rome en 1968, écrit dans La nature humaine, son autobiographie de 1974 : « L’homme a inventé l’histoire du dragon malfaisant, mais s’il y a jamais eu un méchant dragon sur la terre, c’est bien l’homme lui-même ».

 



L’homme, dragon malfaisant, le plus redoutable des prédateurs, cancer de la planète, dont les sinistres représentants tomberont comme les poux d’un chien, sinon on rêve de devenir un virus pour les éliminer massivement, ou bien encore on juge héroïques les écoterroristes. Par où l’on voit que les écologistes ne portent pas l’humanité dans leur cœur. Certains justifient ce jugement par la survie-même de l’humanité, les ressources terrestres ne pouvant selon eux assurer la subsistance d’une population trop nombreuse. A la faute morale, ceux-ci ajoutent la faute intellectuelle, inaugurée par Malthus il y a deux siècles et depuis lors constamment démentie par les faits. Ce sera le sujet d’un autre article. 


Lire aussi :

À la faute morale, les écologistes ajoutent la faute intellectuelle

Culpabilité postmoderne



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26 juin 2009 5 26 /06 /juin /2009 17:37



Marcel Gauchet s'est souvent plaint qu'on ait mal interprété son expression « le christianisme est la religion de la sortie de la religion ».

 
Il a maintes fois expliqué que pour lui « religion de la sortie de la religion » ne voulait pas dire « religion de la sortie de la foi » ou « religion de l'engendrement de l'athéisme ou de l'agnosticisme ».


Par « religion de la sortie de la religion » il a voulu dire que le christianisme a engendré, au bout du compte, une société dans laquelle la religion n'est plus l'élément fondateur du lien social (au sens qu'on peut donner à ce que fut la Chrétienté). Il a voulu dire que le christianisme a permis de sortir de l'hétéronomie, c'est à dire de la Loi qui s'impose de l'extérieur à la communauté, car issue d'une révélation transcendante, ou de la parole des dieux, ou de la tradition instaurée par les ancêtres fondateurs mythiques. La sortie de la religion, c'est le fait que la communauté puisse délibérer, en toute autonomie, de la Loi.

Cela ne remet nullement en cause la possibilité de croire en un être transcendant.


Dans Le désenchantement du monde Marcel Gauchet défend la thèse suivante.

Par l’incarnation Dieu s’est fait homme. Par l’incarnation l’homme devient donc l’égal de Dieu en dignité. Tous les hommes sont donc égaux en dignité.




Si l’homme est l’égal de Dieu, alors l’homme est digne de dire la loi : passage de l'hétéronomie à l'autonomie.

Si tous les hommes sont égaux en dignité, alors ils ont tous voix égale pour dire la loi : la démocratie.


Au demeurant, comme l'a si bien repéré Marie Balmary, cette transcendance de l'homme est déjà écrite dans un recoin obscur de l'Ancien Testament : « Vous êtes des dieux ». Selon elle, c'est pour avoir répété cette proposition, perçue comme blasphématoire par ses adversaires, que Jésus aurait été condamné.

A l’appui de sa thèse elle cite Jean 10, 34.

Les Judéens de nouveau apportent des pierres pour le lapider. Jésus leur répond : « Je vous ai montré beaucoup d’œuvres belles de la part du Père. Pour laquelle de ces œuvres me lapidez-vous ? » Les Judéens lui répondent : « Pour une œuvre belle, non ! Mais nous te lapidons pour blasphème : c’est que toi, un homme, tu te fais dieu ! » Jésus leur répond : « N’est-il pas écrit dans votre loi : J’ai dit : Vous êtes des dieux ? »

Marie Balmary nous indique que cette citation, rapportée par Jean, se trouve dans le Psaume 82 :

Cantique d'Asaph.

Dieu se tient dans l'assemblée du Tout-Puissant ; au milieu des dieux il rend son arrêt :

Jusques à quand jugerez-vous injustement, et prendrez-vous parti pour les méchants ?

Rendez justice au faible et à l'orphelin, faites droit au malheureux et au pauvre,

Sauvez le misérable et l'indigent, délivrez-les de la main des méchants.

Ils n'ont ni savoir ni intelligence, ils marchent dans les ténèbres ; tous les fondements de la terre sont ébranlés.

J'ai dit : Vous êtes des dieux, vous êtes tous les fils du Très-Haut.

Cependant, vous mourrez comme des hommes, vous tomberez comme le premier venu des princes.

Lève-toi, ô Dieu, juge la terre, car toutes les nations t'appartiennent.



Bibliographie



Marcel Gauchet, Le désenchantement du monde, Une histoire politique de la religion, NRF, Éditions Gallimard.








Marie Balmary, J’ai dit : « Vous êtes des dieux » in Christianisme, héritages et destins, Le livre de poche, Biblio, Essais








Nouveau Testament : Jean 10, 30-35





Ancien Testament : Psaume 82




 






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15 juin 2009 1 15 /06 /juin /2009 01:20




Jean Bricmont est un physicien Belge, actuellement
professeur de physique théorique à l'université catholique de Louvain. J’aime beaucoup Jean Bricmont quand il parle de science et d’épistémologie. Avec son collègue américain Alan Sokal, il a écrit un petit livre d’épistémologie sans prétentions, Impostures intellectuelles, absolument remarquable. La position des auteurs en faveur d’un « réalisme modéré » – qu’ils opposent au subjectivisme et au relativisme épistémologique ‒ ne peut-être, selon eux, au minimum, que celle des scientifiques et des philosophes des sciences, comme elle est celle de nous tous dans la vie quotidienne.

 




Le relativisme épistémologique prétend qu'il n'existe pas de propositions vraies puisqu'elles sont toutes relatives à un certain point de vue et qu'aucun point de vue ne jouit d'un statut privilégié.

 

Le subjectivisme philosophique estime qu’il n’y a pas de réalité objective car le sujet ne pouvant s’extraire de son esprit, la réalité ne peut être qu’une construction de son esprit.

 

Au relativisme épistémologique et au subjectivisme philosophique le réalisme modéré de Bricmont et Sokal répond par une formule frappante et incontestable (d'Alan Sokal) : « Quiconque croit que les lois de la physique ne sont que des conventions sociales est invité à essayer de transgresser ces conventions en se jetant de la fenêtre de mon appartement. (J’habite au 21e étage.) »

 

En simplifiant, on va dire que cette position épistémologique, fort raisonnable, est celle des rationalistes.

 

Cependant quand Jean Bricmont écrit : « La science moderne a permis d’élever les normes de ce qui peut être considéré un savoir véritable et, par là même, nous a permis de comprendre que le discours religieux est une pure illusion » on ne peut que devenir dubitatif. (Cf. article de Bricmont publié en décembre 2007 dans le quotidien Le Soir en cliquant sur http://imposteurs.over-blog.com/article-31735667.html )




L’amour, celui que l’on ressent pour son amoureux ou pour son amoureuse, ne relève pas de la science. Est-il pour autant pure illusion ? Ce n’est pas pour des raisons scientifiques que je suis amoureux de mon/ma partenaire. Le sentiment amoureux serait pure illusion si l’on suivait Jean Bricmont. Non, simplement l’amour ne relève pas du même ordre que la science.








Dans son livre Le capitalisme est-il moral ? André Comte-Sponville explique de façon très simple et très claire les différents ordres et en quoi c’est un non-sens philosophique de les confondre et une erreur dans la vie pratique de ne pas être capable de les distinguer.

 







Revenons à la religion vue par Jean Bricmont. Dans le même article du Soir Jean Bricmont écrit :
En réalité, dans la mesure où les prescriptions religieuses nous paraissent morales, c’est uniquement parce qu’elles coïncident avec notre sentiment non religieux de bien et de mal et il en tire la conclusion que la religion n'apporte aucun éclaircissement sur le bien et le mal.

 

Cette proposition me paraît erronée. Si nous avions  un sentiment non enseigné, non transmis, du bien et du mal, il serait donc inné. Si ce sentiment était inné, on a du mal à concevoir qu’il n’ait pas été commun à tous les hommes. Donc les différentes religions auraient dû enseigner à peu près la même morale. Il n'en est rien. 

L’histoire et l’anthropologie le montrent à l’envie, il y a presque autant de morales que de religions.


Un exemple parmi beaucoup d’autres : dans la religion des Aztèques le sacrifice humain était non seulement admis moralement mais même recommandé. Dans toutes les religions modernes le sacrifice humain est religieusement interdit et moralement « spontanément » condamné.




On pourrait multiplier les exemples.


Le cannibalisme animiste a été proscrit aux îles Salomon par l’action des
missionnaires chrétiens et le cannibalisme est devenu aujourd’hui un sujet tabou chez les habitants de ces îles, car l’évoquer ranimerait des haines entre les descendants de celui qui a été mangé et les descendants de ceux qui l’ont mangé.



 

Jean Bricmont prétend que la religion n’apporte aucun éclaircissement sur le bien et le mal. Dans le sens scientifique du mot éclaircissement, personne ne le conteste, car personne n’a jamais pensé que les règles morales pouvaient être déduites de la connaissance scientifique. Mais si, dans ce sens restreint, la religion n’apporte pas d’éclaircissement sur le bien et le mal, elle a toujours apporté un enseignement. Cet enseignement n’est ni sans effet pratique ni sans valeur. De ce point de vue il n’est pas possible de renvoyer les religions au monde des superstitions et des illusions. Sur la question du bien et du mal, les religions sont porteuses d’enseignement et de sens, donc d’éclaircissement. On peut, et on doit, discuter ces éclaircissements, mais on ne peut nier qu’ils existent et renvoyer à une morale prétendument spontanée et portée en tout homme, depuis toujours et pour toujours.

 



Sur ce sujet, l’anthropologie nous en apprend bien plus que le rationalisme étroit de Jean Bricmont.
 






                                    René Girard

À suivre…

Bibliographie


Alan Sokal, Jean Bricmont, Impostures intellectuelles, Le Livre de Poche, biblio essais







André Comte-Sponville, Le capitalisme est-il moral ?
Éditions Albin Michel





Le discours de réception à l'Académie Française prononcé par Michel Serres en réponse à celui de René Girard est une ex
cellente introduction à l'œuvre de ce dernier. On peut le lire en cliquant sur :
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